Sacromonte, années cinquante

11 décembre 2005

C'est le nom d'un coin de Grenade où vivent les gitans, dans des "cuevas", des habitations troglogytes blanchies à la chaux.

Quand j'avais dix-huit ans je bourlinguais à travers l'Europe, un carton à dessin sous le bras. Je vendais des dessins que je réalisais en noir et blanc à l'aide d'un instrument assez extraordinaire qu'on appelait un flo-master. Je l'ai toujours, mais l'encre n'existe plus. Si je pouvais remettre la main sur un bidon d'encre, je referais bien quelques oeuvres. C'était "l'ancètre du feutre". Ce qui m'intéressait c'est que ce styol-feutre marchait aussi mal que possible. L'utilisateur devait pomper sur le feutre, monter sur ressort, pour faire venir l'encre. Quand celle-ci arrivait, on obtenait un noir intense, mais on pouvait aussi s'en mettre plein des doigts. Si on cessait de pomper, l'encre, qui était assez grasse, n'arrivait plus et on obtenait des gris du plus bel effet. Plus l'encre s'épuisait et plus ce gris devenait pâle. L'intérêt était aussi qu'on avait pas besoin de fixatif.

Le flo-master a disparu et, pour moi, le fait que les markers se soient mis à marcher convenablement n'a pas arrangé mes affaires. Aujourdd'hui quand je fais des oeuvres, quand j'ai le temps, je me rabats sur la plume et le pastel. Mais ces oeuvres au flo-master étaient très proches des effets qu'on obtient au crayon lithographique.


Ci-dessus, ce que j'obtenais avec le flo-master. Au premier plan, des noirs bien couvrants. A l'arrière-plan, des gris, quand l'arrivait plus mal. Après, je pouvais m'inspirer de ces dessins pour faire de la lithohtaphie, sur une "bête à corne". Voir le dossier que j'ai consacré à la technique de la gravure sur pierre.

Ca, c'est une plume, tout à fait dans le styles des illustrations des vieux dictionnaires Larousse, côté finesse.

Au Sacromonte, assez tôt dans la soirée, les Gitans, après avoir servi aux touristes leur content de danses rythmées par les castagnètes, les claquements de talon et les sérénades de Flamenco, viraient tous les touristes pour se retrouver tranquilles, entre eux. Mais ils ne me percevaient pas étrangement comme l'un d'entre eux. J'ai donc habité chez eux, quelques temps. Je dessinais à tour de bras. Quand je ne vendais pas mes dessins, je les donnais. Cela payait le vivre et le couvert. Le dessin, ça aide à se faire des copains, à se faire inviter à dîner. En fait, si vous me laissez absolument n'importe où sur Terre avec de quoi dessiner ou peindre, c'est bien le diable si deux heures après des autochtones ne m'ont pas invité à leur table, ou offert le gîte et le couvert.

Au Sacromonte on devait me prendre pour une espèce de photographe ambulant et je dessinais des familles entières avec une légion de gosses aux yeux noirs qui me suivaient partout en espérant que je dessinerais leur trombine. Au Kenya, c'était pareil. Ca a toujours été ainsi, partout où j'ai voyagé.

Au Sacromonte Dieu que ces jeunes gitanes étaient belles. Des Esmeralda, là-bas, on en croisait à chaque coin de ruelle. Quand à la musique, ça n'avait rien à voir avec ce que les gitans d'exportation vous sortent aujourd'hui et qui n'est qu'une soupe de mauvaise qualité. Le Flamenco pur est un art très rigoureux, extrêmement codé, de même que la danse Flamenca. Je retournerai un jour là-bas, pour entrendre du bon Flamenco. J'aimerais bien trouver un CD de bon Flamenco, pur. Si quelqu'un connaît.....

Bref, là-bas, j'ai appris la guitare. Les gens se demandent souvent pourquoi je sais faire tant de choses. C'est parce que j'ai une mentalité d'enfant de la balle. Les gens du cirque savent tout faire. Immergés au milieu de gens de talent, ils sont en état d'apprentissage permanent. Et moi, sur ce plan, je suis une vraie éponge. Un jour un économiste Aixois, Parody, stupéfait de me voir sortir une BD sur l'économie me disait :

- Mais où diable as-tu appris l'économie !?!
- Avec toi....
- Mais comment ?
- Quand on bêchait ton jardin. Je te posais des questions. Tu ne te souviens pas ?
- Non, je n'avais pas remarqué....

Avec Souriau, j'apprends les mathématiques.


En me considérant, avec juste raison, comme un véritable cancre il ne désespère pas de m'apprendre un jour "quelques rudiments". C'est vrai, je ne suis pas un vrai mathématicien ( quoique... comme dirait Raymond Devos ). Mais les mathématiques, je m'en sers, comme on utiliserait des boites de Meccano. Cela donne des travaux comme celui qui accompagne actuellement une demande de séminaire dans un prestigieux institut des environs de Paris et dont le directeur tarde à me répondre, depuis six semaines, en dépit d'une relance. J'ai appris avec l'aveugle Morin ce qui donna par la suite le Topologicon. J'ai inventé au passage une façon de retourner le tore.

Tiens, au passage, un jeune blanc-bec qui était venu me voir pour la première fois quand il avait 14 ans m'a montré un trucs qui m'a stupéfié, il y a presque une année. Il avait inventé une façon tout à fait outsider de retourner un tore. J'ai mis cela en dessins, mais pour le moment ça n'est pas publié. On reconnaîtrait trop ma patte. Je suis le seul au monde à pondre des choses aussi tarabiscotées. Cherchez, il n'y a personne d'autre. Or ce gars est en train de rédiger sa thèse. Et si on savait qu'on est copains, ça lui causerait du tort et même compromettrait sa chance d'avoir un poste. Alors vous faudra attendre pour voir cette petite merveille.

Mais revenons à la guitare, thème de cette page. J'ai appris. J'ai composé des tas de musiques, de chansons. Mais je ne sais toujours pas mes notes et je ne connais rien du solfège. Les Gitans non plus.

J'ai rédigé ce cours de guitare pour qui voudra, sans notes, juste avec des dessins.

Pour télécharger ce livre inédit

 


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